« Ella et Pitr se sont rencontrés au hasard d’une rue et, depuis lors, ils l’envahissent amoureusement… Ce couple s’est ainsi imposé comme un duo mythique de « l’art urbain ». Leur qualité fondamentale ? Savoir faire simple. Monumental, certes, avec des peintures titanesques ; riche, grâce à une grammaire visuelle délicieusement fantaisiste ; virtuose aussi, par leur impressionnante palette technique. Mais simple. Et c’est tant mieux. Car la simplicité, ce n’est pas le simplisme, de même que la naïveté n’a rien à voir avec la niaiserie. La simplicité produit l’évidence, l’image ou le symbole dans lequel chacun peut reconnaître quelque chose qui lui parle directement et intimement du monde qui l’environne.
« L’art urbain » est un domaine de la création plastique qui, après des années de clandestinité et de mauvaise réputation – vandalisme voire banditisme – devient désormais l’objet d’un engouement colossal, à la fois de la part des praticiens, du grand public, des institutions et également du marché. Ce phénomène de légitimation peut en irriter certains ou en réjouir d’autres ; peu importe les débats pour l’heure, il construit en tout cas une réalité dans laquelle Ella & Pitr ont assumé une part non négligeable. Dans la cité, souvent grise, de Saint-Etienne, de Paris ou d’ailleurs, ils racontent des histoires (ils l’ont en outre démontré avec plusieurs petites éditions illustrées particulièrement réjouissantes) et chacune de leurs œuvres suggère, par une mise en scène stupéfiante, des caractères saillants, fondamentaux, de l’existence humaine. Se déploient avec eux les terreurs et les joies de la prime jeunesse, la tendresse, les affres de la vieillesse, la rage, la cruauté, le désir d’émancipation, la liberté contrariée… Leur répertoire convoque volontiers des personnages récurrents, à la manière d’une famille, et un bestiaire fabuleux. Leur style se caractérise par un graphisme impeccable empruntant à la BD et aux graffitis d’enfants, d’incessantes ruptures d’échelle, des espaces chancelant comme dans un rêve. Il balance entre un iconoclasme hilarant et explosif d’un côté, à la manière de garnements indomptables ; une bouleversante mélancolie, de l’autre – plutôt rare dans l’art urbain (…)
On ne saurait donc dire, comme le veut le sempiternel lieu commun de l’art contemporain, qu’Ella & Pitr « questionnent » ou « interrogent » quoi que ce soit : ils se moquent bien de la théorisation délirante et de l’intellectualisme à outrance ; ils réagissent à leur cadre avec fraîcheur, plaisir, affirment leurs idées et leurs idéaux avec une énergie prodigieuse. Et il en faut pour poser par exemple en secret, vêtu d’habits de chantier, des papiers peints titanesques dénonçant les désastres écologiques ou la solitude moderne…
Cela va de soi : si le duo a contribué à propulser « l’art urbain » dans une autre dimension, plus inventive, démocratique et bienveillante, c’est parce qu’il exprime avec une espèce de grâce juvénile les délices de la spontanéité. Ella & Pitr, en passant quotidiennement à l’acte – à l’acte de créer – invitent ses spectateurs à faire de même : ils les enjoignent à tenter, à se mobiliser, à s’engager, pourquoi pas à s’envoler. Tous deux se sont croisés au hasard d’une rue, disions-nous, et ce fut le coup de foudre ; la chance nous est donnée de faire la même expérience, auprès de leurs œuvres cette fois.«
Thomas Schlesser,
Historien de l’art
Directeur de la Fondation Hartung Bergman.


« Ella et Pitr se sont rencontrés au hasard d’une rue et, depuis lors, ils l’envahissent amoureusement… Ce couple s’est ainsi imposé comme un duo mythique de « l’art urbain ». Leur qualité fondamentale ? Savoir faire simple. Monumental, certes, avec des peintures titanesques ; riche, grâce à une grammaire visuelle délicieusement fantaisiste ; virtuose aussi, par leur impressionnante palette technique. Mais simple. Et c’est tant mieux. Car la simplicité, ce n’est pas le simplisme, de même que la naïveté n’a rien à voir avec la niaiserie. La simplicité produit l’évidence, l’image ou le symbole dans lequel chacun peut reconnaître quelque chose qui lui parle directement et intimement du monde qui l’environne.
« L’art urbain » est un domaine de la création plastique qui, après des années de clandestinité et de mauvaise réputation – vandalisme voire banditisme – devient désormais l’objet d’un engouement colossal, à la fois de la part des praticiens, du grand public, des institutions et également du marché. Ce phénomène de légitimation peut en irriter certains ou en réjouir d’autres ; peu importe les débats pour l’heure, il construit en tout cas une réalité dans laquelle Ella & Pitr ont assumé une part non négligeable. Dans la cité, souvent grise, de Saint-Etienne, de Paris ou d’ailleurs, ils racontent des histoires (ils l’ont en outre démontré avec plusieurs petites éditions illustrées particulièrement réjouissantes) et chacune de leurs œuvres suggère, par une mise en scène stupéfiante, des caractères saillants, fondamentaux, de l’existence humaine. Se déploient avec eux les terreurs et les joies de la prime jeunesse, la tendresse, les affres de la vieillesse, la rage, la cruauté, le désir d’émancipation, la liberté contrariée… Leur répertoire convoque volontiers des personnages récurrents, à la manière d’une famille, et un bestiaire fabuleux. Leur style se caractérise par un graphisme impeccable empruntant à la BD et aux graffitis d’enfants, d’incessantes ruptures d’échelle, des espaces chancelant comme dans un rêve. Il balance entre un iconoclasme hilarant et explosif d’un côté, à la manière de garnements indomptables ; une bouleversante mélancolie, de l’autre – plutôt rare dans l’art urbain (…)
On ne saurait donc dire, comme le veut le sempiternel lieu commun de l’art contemporain, qu’Ella & Pitr « questionnent » ou « interrogent » quoi que ce soit : ils se moquent bien de la théorisation délirante et de l’intellectualisme à outrance ; ils réagissent à leur cadre avec fraîcheur, plaisir, affirment leurs idées et leurs idéaux avec une énergie prodigieuse. Et il en faut pour poser par exemple en secret, vêtu d’habits de chantier, des papiers peints titanesques dénonçant les désastres écologiques ou la solitude moderne…
Cela va de soi : si le duo a contribué à propulser « l’art urbain » dans une autre dimension, plus inventive, démocratique et bienveillante, c’est parce qu’il exprime avec une espèce de grâce juvénile les délices de la spontanéité. Ella & Pitr, en passant quotidiennement à l’acte – à l’acte de créer – invitent ses spectateurs à faire de même : ils les enjoignent à tenter, à se mobiliser, à s’engager, pourquoi pas à s’envoler. Tous deux se sont croisés au hasard d’une rue, disions-nous, et ce fut le coup de foudre ; la chance nous est donnée de faire la même expérience, auprès de leurs œuvres cette fois.«
Thomas Schlesser,
Historien de l’art
Directeur de la Fondation Hartung Bergman.













